Rencontre avec Karen Joy FOWLER dans le cadre du Festival America (Vincennes) au salon de thé Ladurée 21 rue Bonaparte 75006 Paris

laduree-bonaparte     challenge festival-america 2016     Compte-rendu de la rencontre avec l’auteure de Nos années sauvages

La 8ème édition du festival AMERICA (8 au 11 septembre 2016 – thème « L’Amérique dans tous ses États ») célèbre la littérature des États-Unis dans sa richesse et sa diversité : 50 écrivains de fiction, autant que d’États composant ce pays, se retrouvent à Vincennes pour quatre jours de tables rondes et de débats.

2016 est une année particulière puisque nous fêterons

  1. le 240anniversaire des États-Unis : c’est le 4 juillet 1776 que la Déclaration d’indépendance américaine a été proclamée
  2. le 15ème anniversaire des attentats du 11 septembre : il sera question des conséquences géopolitiques qui bouleversent le monde aujourd’hui, et des guerres que l’Amérique mène actuellement

http://www.festival-america.org/,  https://www.laduree.com/fr_fr/#!maisons

Les Editions Presses de la Cité ont reçu 7 blogueuses au salon « Prusse » de la célèbre Maison Ladurée à la rencontre de Karen Joy FOWLER, autour de quelques douceurs (succès unanime pour le St Honoré à la rose et à la framboise, source de tant d’angoisse pour Sophie, notre organisatrice) et de l’éditrice de l’ouvrage politico-écologique de cette famille extra-ordinaire qui se disloque (les adultes mentent, comment se construire sur ce mensonge et faire mémoire de son passé ?) …

1- Comment vous est venue l’idée du livre ? 

Ce livre est entièrement fictionnel bien qu’il comporte une large part autobiographique (bien plus que dans mes  autres livres).

La part fictionnelle prend son inspiration dans

  • l’expérience réelle d’élever des singes par des familles humaines qui a eu lieu dans les années 30
  • les recherches effectuées sur les chimpanzés élevés par des humains
  • la théorie animale (cours universitaire)
  • l’expérience de la capture des corneilles par les étudiants de l’université de Washington (les corneilles n’oublient rien !)

quand la part autobiographie porte sur les réminiscences de l’enfance

  • Mon père était chercheur à l’Université de l’Indiana et étudiait le comportement des rats. Je suis restée nostalgique de l’odeur des souricières (je me suis rendue compte plus tard que j’étais la seule à avoir ce souvenir d’enfance)
  • J’avais entendu parler dès mes 6 ans des expériences de chimpanzés élevés par des humains et pensais que tout le monde connaissait cette histoire
  • Au Nouvel An 2000, quand j’ai ressenti de parler de mon père à ma fille qui ne l’avait pas connu, cette dernière m’a conseillé de faire un livre à partir de ces histoires

2- Comment vous est venu l’idée de la composition du roman ? 

Généralement, je trouve la structure de mes romans sans connaître le début ni la fin. Je souhaitais dès le départ commencer par le milieu et finir par le début de l’histoire … Faire des aller/retour entre le milieu et la fin…

J’ai décidé d’être écrivain à 30 ans après avoir été une très grande lectrice. J’ai suivi un atelier d’écriture pendant les 30 années suivantes. Cela consistait à formuler ce qui décevait dans la production littéraire que les membres se soumettaient les uns aux autres.

3- Qu’est-ce qui vous plait dans le métier d’écrivain ? 

  1. La Liberté ! Celle qui consiste à
    • se lever quand je veux
    • porter des pantoufles toute la journée (aparté : J’ai rencontré Agatha Christie à 14 ans lors d’une de ses conférences. Elle portait un long manteau en vison et dessous … des pantoufles roses ! )
  2. L’énigme de l’écriture (la structure du roman ou de la nouvelle)
  3. le métier d’écrivain (faire le ménage à fond pour éviter de se mettre au travail)

4- Comment s’est passé la première rencontre avec votre éditeur ? 

J’ai beaucoup de chance : mon mari a un vrai métier … Aux Etats Unis, cela signifie que vous bénéficiez d’un protection sociale ! Donc je n’ai jamais eu à me préoccuper de la vente de mes livres et cela m’a procuré une certaine liberté pour écrire ! De plus, aux USA, c’est un agent littéraire qui présente les manuscrits aux éditeurs …

5- Pourquoi le livre a-t-il si bien marché en Grande Bretagne (1.5 millions de livres vendus) ?

Je dois préciser qu’il y a eu 19 refus pour 1 accord de publication (merci à l’opiniâtreté de mon agent !)

2 choses ont dû jouer :

  1. le mouvement de défense des animaux (très ancien en Angleterre)
  2. le lancement du livre à la Foire de Londres : le stand était rempli de livres donnés aux libraires (il y en a moins en Angleterre qu’en France). Les membres de ma maison d’édition anglaise avaient tous été touchés par la lecture de mon livre qui avait fait vibrer une corde sensible chez chacun d’entre eux et avait déclenché leur passion …

6- Êtes-vous pessimiste sur la capacité humaine à accepter la différence (cf : les relations de Rosemary avec ses camarades à l’école et au collège) ? 

Cette question appelle une réponse ambivalente

  1. les travaux de Frans DEWAHL sur le déficit d’empathie ont montré que  les primates (humains/singes) connaissent l’empathie naturellement
  2. Cependant, ils ne sont capables d’éprouver de l’empathie qu’envers les membres de leur propre espèce (ceux qui leur ressemblent) (cf la campagne de Donald Trump qui a tendance à transformer en « méchant » tout ce qui ne lui/nous ressemble pas et son geste de « congratulation » : se taper sur la poitrine !)

Or, le but de la littérature est, selon moi, d’étendre le domaine de l’empathie dont on peut faire preuve. Les animaux avec qui nous partageons la planète c’est l’autre, c’est nous !

7- Votre livres Les années sauvages repose sur 2 postulats, celui du père de Rosemay (les différences humains/animaux) et celui du frère, Lowell (les similitudes). Vous avez choisi de commencer le livre par les similitudes. Pourquoi ? 

Dès 5/6 ans, je me disputais avec mon père au sujet de la similarité humain/animaux. Ces disputes ont duré jusqu’à sa mort. Sa vision était centrée sur un anthropomorphisme trop important qui biaisait les résultats des études scientifiques menées. Le livre corrige cela.

8- Le jeu de « cache-cache » avec le lecteur est-il intentionnel ? 

J’aime les livres qui reposent sur une intrigue

  • détective/criminel
  • lecteur/écrivain

Rosemary avait une histoire à raconter ET voulait aider sa soeur / son frère en racontant leur/son histoire. Cela m’a donné la permission de jouer avec le récit de façon à ce qu’elle soit

  1. comprise
  2. entendue

9- Avez-vous fait partie d’un groupe de lecture ? 

J’ai fait partie de beaucoup de groupes de lectures. Le plus formateur était de confronter les lectures d’un même livre, d’entendre ce que les autres avaient à dire. Je me suis aperçue qu’on pouvait lire les mêmes mots mais pas la même chose.

Certains lecteurs veulent que tout soit parfait (le début, le milieu et la fin du livre). A mon sens, c’est impossible … Ce qui engendre la peur de l’écrivain, c’est la diversité des lectures et des lecteurs !

 

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