Emmanuel DONGALA, La Sonate à Bridgetower (sonata mulattica), Editions Actes Sud, 2017

Roman historique retraçant la vie d’un « nègre extraordinaire » Georges Augustus Polgreen Bridgtower (1778-1860) – Roman d’apprentissage

voir http://chevalierdesaintgeorges.homestead.com/pont.html et http://www.lvbeethoven.com/

Mulâtre de mère polonaise, fils d’un page au palais Esterhàzy (Vienne), dont le père, devant le talent du fils violoniste, élève de Haydn, a voulu imiter le père de Mozart. Georges Augustus fit donc ses débuts à 9 ans au Concert Spirituel (Paris, Tuileries). Pris dans la Révolution française d’avril à juillet 1789, le père et le fils sont obligés de fuir Paris pour Londres où Georges III prend le violoniste sous son aile. Son père, pygmalion gardant le talent du fils, véritable source de revenus, sous son emprise, le laissera-t-il s’épanouir vers la liberté ?

Mon avis : La dignité est possible aujourd’hui car elle existait déjà avant …

Emmanuel Dongala écrit lentement (ce livre lui a pris 6 ans). Emmanuel Dongala écrit sur l’Afrique (enfants soldats, indépendances, enfants dans l’Afrique post-coloniale, dictature, combat des femmes …) et s’essaie ici, de façon magistrale, à un autre genre : le roman historique (tous les livres d’Emmanuel Dongala seront repris chez Actes Sud, collection « Babel », à compter de Mai 2017) et le « mentir vrai » cher à Aragon.

Qui se souvient (qui savait ?)

  • que Beethoven était copain comme cochon avec un « nègre extraordinaire » (l’équivalent en homme libre du « nègre à talent » des plantations) avec qui il créa, le 24 mai 1803, sa sonate n°9 pour violon et piano
    • dont l’originalité tient dans le traitement égal des 2 instruments dont aucun n’accompagne l’autre (ni maître, ni esclave ?),
    • dont le titre originel est « sonata mulatticacomposta per il mulatto Brischdauer, gran pazzo e compositore mulattico (sonate « mulâtre » composée pour le «mulâtre» Bridgetower, grand fou et grand compositeur «mulâtre»), plus connue sous le nom de « Sonate à Kreutzer » (finalement dédicacée au violoniste français Rodolphe Kreutzer qui, la jugeant détestable (elle est qualifiée de terrorisme musical par les musiciens qui considèrent qu’elle est injouable par des amateurs), ne la jouera jamais)
    • dont le premier mouvement a inspiré à Tolstoï son roman La Sonate à Kreutzer (1889) adaptée à l’écran en 1914 par Vladimir Gardine
    • sonate qui a inspiré son premier quatuor au compositeur tchèque Léo Janacek (1854-1928)
  • que tout noir posant le pied en France était réputé être libre (Principe du sol libre) ? Qu’on a créé la « police des noirs » (trop de noirs en France, déjà sous Louis XVI !) chargée de renvoyé aux colonies en tant qu’esclave tout noir vagabondant sans « cartouche » (certificat) ?

Un roman éblouissant sur le refus des assignations (sans Georges Bridgetower, pas de Sonate à Kreutzer : quel vide dans la musique !)

 

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