Lisa STROMME, Car si l’on nous sépare, Editions HarperCollinsFrance, 2017

Roman expressionniste initiatique
Genèse romancée d’une des versions (il en existerait une cinquantaine de versions) du tableau « Le Cri » d’Edvard Munch, le pionnier de l’expressionnisme en Norvège

Eté 1893, Asgardstrand (Norvège) – La noblesse et la Bohème (cercle d’artistes) de Kristiana (Oslo) vient, comme chaque été, profiter de la lumière du fjord. Johanne Lien, 16 ans, est envoyé comme servante chez l’amiral Ihlen. Elle devient l’amie de la plus jeune des filles, Tullik, 20 ans. Quand Tullik s’amourache de l’ex-amant de sa soeur Milly, le peintre Edvard Munch dont les toiles scandalisent la société bien pensante, c’est la catastrophe … Munch épousera-t-il Tullik comme elle le souhaite ? Quelles conséquences pour Johanne, la cueilleuse de fraises ?

Mon avis : Aaaaaaaaaahhhhhhhh, le « mentir vrai » si cher à Aragon ! 

Le livre est paru initialement sous le titre The Strawberry Girl, titre qui centre le roman sur le personnage de Johanne fille d’un fabricant de voiles. C’est aussi

  • le nom d’un tableau que Heyerdahl, un peintre en vue de Kristiana, a fait de Johanne enfant, la figeant ainsi pour l’éternité
  • l’occupation favorite de cette fille de la forêt, sorte de déesse mythologique du foyer et de la nature
  • le titre que donne Johanne à la version que Munch donne à Tullik « Le Cri de la cueilleuse de fraises », brouillant ainsi les pistes entre les 2 jeunes femmes en prise avec leurs familles et leur désir d’émancipation contratrié

Le titre français, lui, fait davantage référence à la figure de Tullik, à son amour impossible et à son lien avec les tableaux de Munch.

La démarche de Lisa Stromme n’est pas sans rappeler celle de Jean-Michel Ghénassia pour « La valse des arbres et du ciel » :

  • une initiation amoureuse qui tourne mal à cause de l’égoïsme de l’amant, entièrement dédié/tourné vers son art
  • un apprentissage de la sagesse (« comme le bourgeon finit par s’épanouir, l’été laisse place à l’automne ») et de la maturité (faire avec les étiquettes collées par la société bien pensante qui rend les gens invisibles à  eux mêmes)

Elle y ajoute cependant une sensualité toute protestante qui fait la part belle

  1. aux 5 sens
    • le toucher (cf la toile, le pinceau, la térébentine, la découverte de l’amour physique et du désir)
    • l’ouïe (le chant des oiseaux, la parole)
    • le goût (les fruits rouges)
    • l’odorat (la forêt)
    • l’âme « peindre ce que l’on ressent », « mettre son talent au service de ce qui dépasse la raison », « le talent, c’est peindre les sons »)
  2. à la Nature
    • liaison entre Nature et Culture (Traité des Couleurs de JW von Goethe)
      • celle des sentiments (colère, amour, joie)
      • celle du mythe qui s’absente du réel (le corps de la femme)

Un rivage (strand), le temps d’un été au paradis (Asgard, la demeure des dieux nordiques) : « Que le monde entier soit ma patrie et la Norvège mon âme » !

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