Jusqu’au 22 mai 2017, exposition au Musée Guimet : « Kimono, au bonheur des dames »

              Etude du port du kimono, du XVIIe siècle (au Japon, l’ère Edo (1603-1868) marque l’âge d’or du kimono) à nos jours

Musée national des arts asiatiques-Guimet – 6, place d’Iéna 75116 Paris

Attention ! L’introduction de bagages (valises, y compris « cabine », sacs de grande contenance) est interdite dans l’enceinte du musée (Plan Vigipirate renforcé). Seuls les bagages n’excédant pas les tailles maximales (30 cm x 30 cm x 40 cm) doivent être déposés au vestiaire après avoir été contrôlés (les trottinettes, rollers, vélos, … ne sont pas autorisés)

Cette expo propose le parcours suivant :

  • l’évolution du kimono et de ses accessoires
    • 150 pièces des plus prestigieuses retracent l’évolution de ce vêtement essentiel de la garde-robe au Japon, depuis l’époque d’Edo (1603-1868, temps de la paix retrouvée, propice au développement du commerce/à l’enrichissement des classes laborieuses, après une période de guerres intestines (guerres féodales)) jusqu’à l’époque contemporaine
  • leurs réinterprétations dans la mode japonaise et française contemporaine
    • les couturiers japonais, tels Issey Miyake, Kenzo (Kenzo Takada), Yohji Yamamoto ou Junko Koshino, n’ont de cesse de puiser leur inspiration dans ce vêtement emblématique et universel
    •  en France, on distingue 3 grandes évolutions
      1. au milieu du 19e siècle, le kimono est porté par les élégantes en tant que vêtement d’intérieur à une époque où le goût pour le « Japonisme » donne naissance à cette mouvance artistique impressionniste qui se réfère au pays du Soleil-Levant
      2. au tournant du 20e siècle, la haute couture française se saisit du kimono et l’on retrouve les mêmes inspirations chez les créateurs de mode comme Paul Poiret (1879-1944) ou Madeleine Vionnet (1876-1975), dont les créations vaporeuses aux manches fluides reprennent les conceptions amples des kimonos
      3. de nos jours, Yves Saint Laurent, Jean Paul Gaultier, John Galliano ou Franck Sorbier s’inspirent du Japon en réinterprétant les codes structurels du kimono

Pour la première fois hors du Japon, sont présentées des pièces de la collection de la célèbre maison Matsuzakaya, une boutique de vente en gros de kosode (« petite manche », terme apparu entre le 12ème et le 14ème siècle) et accessoires (maison de mode féminine), appelée Itoya à l’époque, est fondée en 1611 par Ranmaru Sukemichi Ito (au service de Nobunaga Oda) à Nagoya

    • au 17ème siècle (1666)
      •  catalogue d’échantillons de motifs pour les kosode (hinagata bon) donnés, prêtés ou vendus en librairie, principalement achetée par les femmes de la classe marchande
      • entre le 17ème et le 19ème siècle, 170 à 180 catalogues différents sont parus
    • au 18ème siècle
      • elle se spécialise dans la vente au détails de kosode (ancêtre du kimono moderne) en coton / lin (1736)
      • elle devient fournisseur attitrée du daimyo (seigneur féodal) d’Owari (1740)
      • elle ouvre un second magasin à Kyoto (1745), unique région produisant des kosode haut de gamme
    • au 20ème siècle,
      • sous l’ère Meiji, la boutique de Nagoya se transforme harmonieusement en grand magasin (1910) à contrario de ce qui se passe dans le roman Au Bonheur des Dames (Emile Zola, 1883) où une forte concurrence commerciale s’accompagne de profonds changements sociaux (changement d’échelle économique)
      • création (1931) d’un centre de référence pour l’art textile au magasin de Kyoto (environ 10 000 pièces)
        • vêtements (kosode (ouaté en soie et doté de manches cousues au corsage), costumes de théâtre nô, furisode (ouatés en soie, kimonos à manches longues et pendantes cousues en partie au corsage), katabira (kosode en lin pour l’été), hitoe (en soie et sans doublure), ushikake (costume lourd et ample en soie porté au dessus du kosode/furisode sans ceinture obi), jimba ori (vestes portées au-dessus des armures))
        • tissus de tous âges/pays, en provenance de collections privées (1931-1939), d’antiquaires et d’artisans teinturiers
        • accessoires (masques de nô, paravents, armures japonaises …)

Matsuzakaya joua un rôle fondamental dans la production et la diffusion du kimono (6 modèles de base dont 3 réservés aux samourais, différence selon l’âge du porteur), plus particulièrement auprès de

  1. l’aristocratie impériale (kuge)
    • de l’époque Kamakura (1185-1333) à Muromachi (1336-1573), le pouvoir politique de l’aristocratie impériale s’affaiblit au profit de celle des guerriers
  2. la noblesse militaire (buke)
    • l’osode (« manches larges ») est remplacé par le kosode (« petite manche », étroite ouverture pour les mains, que les manches soient courtes ou longues, (sous)-vêtement d’une seule pièce), la soie et les motifs éclatants des manches longues flottantes (tamoto) remplacent le lin et les motifs simplement teints
  3. la bourgeoisie marchande (chonin)
    • émergence à l’époque Azuchi Momoyama (1573-1603)
    • ayant acquis un pouvoir économique sous le règne des shoguns Tokugawa, ils adoptent eux aussi le kosode de soie à manche tamoto

Quand les tissus passent d’une classe à l’autre, les motifs choisis continuent de les distinguer …

Mon avis : Quand les formes restent les mêmes, les matériaux et techniques se renouvellent !

Le kimono (« pièce d’habillement », mot en usage au 19ème siècle en Europe, dès le 13ème siècle au Japon), phénomène de mode importé des robes portées par la dynastie chinoise Tang (618-907) à l’époque Nara (710-794), est un vêtement-carcan

  1. sa raideur conditionne un port de tête, une manière d’incliner tout le buste, solidaire des épaules
  2. son maintien qui enserre le buste d’une ceinture (obi) aussi rigide qu’un corset, contraint à une gestuelle mesurée  et entrave le corps dans la marche

porteur de

  1. force visuelle
    • architecture tubulaire et sculpturale en forme de T (fabrication à partir d’un rouleau de tissu, assemblage de rectangles (7) sans les recouper (l’Okumi est le repli des bordures de l’ouverture du vêtement, le furi est la fente séparant les manches du vêtement), il ne suit pas les courbes du corps comme les vêtements occidentaux ni ne tient compte des différences anatomiques homme/femme
    • motifs évocateurs de saison (l’apogée décorative se situe avant le milieu du 18e siècle),
    • techniques mêlant complexité et patience : étoffes nouées et teintes minutieusement à la réserve (shibori), précieux tissus aux armures complexes et fils d’or ; kimonos de mariage, kimonos de jeunes filles, etc…
  2. sens
    • didascalies de l’histoire contée (kimonos du théâtre nô) évoquant des personnages historiques ou littéraires, des traits de caractère

Il traduit une dialectique (force/fragilité, humilité/nature, utilité/beauté) propre à la civilisation japonaise

  • idée shintoïste de la nature vivante incarnée dans la conception même des costumes (utilisation de fibre de mûriers, chanvre, ramie (ortie) … , pérennité des gestes (transmission des savoirs, formes, techniques, production d’étoffes tissées (orimono : taffetas (habutae), sergé, satin (shusu, saya, heiken), damassé (rinzu), crêpe (shirimen), gaze) ou teintes (some), broderies au fil d’or (kinshi), insertion de lamelles de papiers dorés (kinran) …)
  • libération des contraintes classiques en inventant des formes asymétriques ou irrégulières, recherche d’un minimalisme extrême

Porté à l’origine comme un vêtement de dessous par l’aristocratie, avant d’être adopté par la classe des samouraïs comme vêtement extérieur, il est vite devenu un vêtement usuel pour toutes les classes de la population.

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