Valentina D’URBANO, Le bruit de tes pas, éditeur Philippe Rey, 2013

       Roman

Histoire à rebours d’un minable héroïnomane, Alfredo, le « jumeau » de Béatrice, la narratrice, ce roman tire sa force du portrait sans concession de la partie invisible de l’Italie, celle que l’on cache au sein du quartier de squatter où se déroule la tragédie, la Forteresse.

Alfredo et Béatrice, tels Roméo et Juliette, sont deux adolescents trahis par leur adresse : la Forteresse, le quartier des squatters sans travail ni avenir. L’une s’en sortira, l’autre pas. Seuls les forts, ou les égoïstes, survivent.

Ce que j’ai aimé : Le thème de la monstruosité

Laisser pour compte une partie de sa population, montrer égoïstement du doigt ceux qui essaie de s’en sortir, ne pas tendre la main à son prochain, voilà les maux de ce siècle dénoncés à travers ce roman.

  • La gemellité
  1. Alfredo et Béatrice ne sont jumeaux que dans les yeux et le coeur des autres protagonistes, amis et parents.  Génétiquement, rien ne s’oppose à leur amour. Et pourtant, c’est le fait d’être considéré comme un fils par la mère de Béatrice qui empêchera Alfredo d’accéder sereinement à cet amour. Pour s’y autoriser, il lui faudra devenir héroïnomane.
  2. Alfredo et Béatrice agissent comme des jumeaux : Ils font tout ensemble jsuqu’à la découverte amoureuse lors de la fin de l’adolescence, ce moment délicat où l’on devient un monstre à soi-même.
  • Le traitement du renversement
  1. Alfredo+Béatrice = Kay+Gerta du conte La Reine des Neiges : 
    • Dans le conte Kay est sauvé par l’amour fraternel et désinterressé (donc enfantin) de Gerta,
    • Dans la réalité Alfredo ne peut être sauvé par Béatrice puisqu’il a transgressé la règle : Béatrice tombe enceinte.
  2. conte à rebours : le roman commence par la fin, l’enterrement d’Alfredo à La Pagode (l’église du quartier)
  3. La fatalité de leur destin agit dans le plus grand silence :
    • Les coups remplacent les mots : le père d’Alfredo n’a pas les mots pour expliquer à ses fils qu’il les bat car il les rend responsable de la mort de sa femme, morte en couche
    • Rester entre-soi (ado, adultes, au sein de la Forteresse) et ses conséquences
    • L’amour incestueux de Béa et Alfredo qui ne peut trouver une issue qu’hors du monde (la drogue pour Alfredo et sortir du quartier pour Béa)
    • L’héroïne, médium de communication paradoxal puisque, en plein trip, tout drogué sent plus qu’il ne parle
    • La sexualité des filles :
      • Béatrice : l’omission de sa première fois, l’amour physique avec Alfredo passé sous silence
      • Ariana : avortement du neveu de Béatrice géré silencieusement, entre fille
  4. La Forteresse-Monde exclut de sa Matrice tout ce qui n’y est pas né ou accepté par cooptation
  5. A la ruine du quartier correspond la ruine de l’âme d’Alfredo

 

 

 

 

 

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