Exposition jusqu’au 23 octobre 2017 au Centre Pompidou : « David Hockney »

   Expo monographique, en collaboration avec la Tate Britain de Londres et le Metropolitan Museum de New York, célèbrant les 80 ans de l’artiste

  1. restituant l’intégralité de son parcours artistique jusqu’à ses œuvres les plus récentes
    • avec plus de 160 peintures, photographies, gravures, installation vidéo, dessins, ouvrages… incluant les tableaux les plus célèbres tels les piscines, les double portraits ou encore les paysages monumentaux…
  2. s’attachant particulièrement à l’intérêt de l’artiste pour les outils techniques de reproduction et de production moderne des images (concept original qui avait déjà fait l’objet d’une exposition à la Fondation Pierre Bergé Yves Saint-Laurent fin 2010)
    • Animé par un désir constant de large diffusion de son art, Hockney a, tour à tour, adopté la photographie, le fax, l’ordinateur, les imprimantes et plus récemment l’iPad : « la création artistique est un acte de partage »

David Hockney intitula une de ses premières expositions : « Démonstration de versatilité »

  1. Ses oeuvres de jeunesse (école d’art de sa ville natale de Bradford), annonciatrices d’un art désireux
    d’interpeller, autant que d’amuser, de séduire ses spectateurs (il s’inspire du réalisme de Walter Sickert, adopte l’excentricité dandy de Stanley Spencer), témoignent de l’empreinte du réalisme social (Angleterre industrieuse, mouvement du Kitchen sink)
  2. De l’école d’art de Bradford (1953) au Royal College of Art de Londres (1959), Hockney découvre, assimile la traduction anglaise de l’expressionnisme abstrait élaborée par Alan Davie (1er peintre anglais à assimiler les leçons des expressionnistes abstraits américains)
  3. De l’œuvre de Jean Dubuffet, il retient une stylistique (celle du graffiti, de l’art naïf..;) qui satisfait son projet de produire un art éloquent et socialement, universellement accessible.
  4. Chez Francis Bacon, il puise l’audace d’une expression qui aborde explicitement la question de l’homosexualité
  5. Sa découverte de l’œuvre de Picasso achève de le persuader qu’un artiste ne saurait se limiter à un style donné (cf : « Propaganda Paintings », pour promouvoir le « végétarisme » puis l’homosexualité. Parodiant la rigueur analytique des œuvres de l’avant-garde abstraite, il met en chantier la série dûment numérotée de ses « Love Paintings », dans lesquelles fusionnent son intérêt pour l’œuvre de Jean Dubuffet et Francis Bacon, dont il retient son usage de la toile écrue)

En 1960, New York, où il effectue son premier séjour en juillet et août 1960, est pour Hockney la métropole corruptrice que Londres avait été pour Tom Rakewell, le héros du conte moral de Hogarth (La Carrière d’un libertin, (l’ascension et la chute d’un jeune homme que son goût des plaisirs faciles avait conduit à la déchéance sociale, à la dépravation morale),1733). Ses ventes au Metropolitan Museum of Art de New York lui permettent d’accéder aux plaisirs offerts par la « grosse pomme »

  • Le Pop art (Jasper Johns), la peinture abstraite « color field » (Morris Louis), la figuration expressionniste (Francis Bacon), la renaissance siennoise (Duccio di Buoninsegna) sont tour à tour ou simultanément convoqués dans ses tableaux, qui prennent la forme de collages aux styles les plus variés (jusqu’au « style égyptien ! »). L’« opacité », la planéité qui constituent les dogmes du modernisme pictural sont réinterprétées par Hockney sur un mode narratif et ludique (Play within a Play, 1963)

En 1964, il découvre la côte ouest des Etats-Unis et devient l’imagier d’une Californie hédoniste, tolérante et solaire (cf : Bigger Splash, 1967 – le roman de John Rechy, City of Night et les photographies du magazine Physique Pictorial). Pour répondre à la netteté, à l’intensité de la lumière californienne, en écho aussi à la peinture d’Andy Warhol, Hockney adopte la peinture acrylique, seule capable de produire des images précises, presque immatérielles. Outre celles qu’il transpose dans des revues gay américaines, il multiplie les études photographiques pour ses nouvelles compositions, dont certaines adoptent la marge blanche des images Polaroïds et des cartes postales. Poursuivant son dialogue avec les styles et les idiomes picturaux contemporains, Hockney

  • donne au scintillement lumineux de ses piscines les formes de L’Hourloupe de Jean Dubuffet,
  • transforme leur surface en « champ coloré » (« color field painting » d’un Mark Rothko ou d’un Barnett Newman).

Développant sa pratique de la photographie suite à son acquisition d’un appareil 35 mm, la peinture de David Hockney flirte avec le photoréalisme.

  1. De la photographie (la vision du « cyclope immobile »), il emprunte la vision constructiviste et met en chantier ses grands doubles portraits par lesquels il exalte le réalisme
    • Le portrait, auquel il revient obstinément, permet à David Hockney d’exprimer la nature profondément empathique de son art
      • Il n’a jamais peint ou dessiné que ses proches, ceux qu’il veut séduire ou qui exercent sur lui un pouvoir de séduction.
      • Après Dibutade, à qui Pline l’Ancien attribuait l’invention de la peinture, les portraits de Hockney sont eux aussi l’expression d’un désir amoureux.
      • Sa passion pour Peter Schlesinger, ses illustrations pour les poèmes de Constantin Cavafy sont à l’origine de ses premiers portraits à la plume.
      • Ces exercices de virtuosité graphique, hantés par le souvenir des portraits néo-classiques de Picasso, culminent au début des années 1970. Nombre d’entre eux sont réalisés à Paris, dans l’atelier qui avait été celui de Balthus, cours de Rohan.
  2. Aux grilles du Minimalisme, il répond par la peinture de façades de building, ou de gazons taillés au cordeau.
  3. Confronté à la prééminence critique du formalisme abstrait (Art minimaliste, Stain color field..;), il traduit la peinture du « stain color field » (une peinture qui procède à l’imprégnation de la toile par une couleur considérablement diluée) dans une série d’œuvres sur papier illustrant l’eau d’une piscine soumise à un éclairage diurne et nocturne
  4. Reconsidérant la vision du Cubisme, qui synthétise la vision d’un spectateur en mouvement autour de son sujet, il se munit d’un appareil Polaroïd et assemble ses « joiners » : images multiples recomposant une figure. Systématisant cette vision « polyfocale », il compose Pearblossom Highway, somme de plus d’une centaine de photographies qui sont autant de points de vue différents.
  5. A la recherche de nouveaux principes pour une évocation picturale de l’espace, Hockney s’inspire des rouleaux de peinture chinois qui enregistrent la perception visuelle d’un spectateur en mouvement. Combiné avec les points de vue multiples de l’espace cubiste, la cinématique chinoise lui permet de concevoir Nichols Canyon qui relate son parcours en automobile de la ville de Los Angeles à son atelier sur les collines.

En 1997, de retour dans le nord de l’Angleterre sur les sites champêtres de son enfance, à l’aide de caméras haute définition, il anime l’espace du cubisme, celui de ses « joiners » de Polaroïds, juxtapose des écrans de télévision pour composer son cycle des quatre saisons, un sujet qui, depuis la Renaissance, évoque l’inexorable passage du temps.Dès les années 1980, David Hockney s’empare des nouveaux outils infographiques disponibles avec lesquels il conçoit un nouveau type d’images. Après les ordinateurs et les tablettes graphiques, viennent
le smartphone puis l’iPad qui lui permettent de réaliser des images graduellement plus sophistiquées qu’il fait circuler par le web dans ses cercles amicaux.

Mon avis :

Depuis les années cinquante, David Hockney produit une œuvre joyeuse, inventive, curieuse. Assumant l’héritage des fondateurs de la peinture moderne, il retient

  1. de Matisse l’usage d’une couleur intense et expressive, l’ambition de faire de chaque tableau l’expression d’une célébration de la « joie de vivre ».
  2. de Picasso, il emprunte sa liberté stylistique, son invention d’une optique (celle du cubisme) capable de rendre compte de la mobilité/durée, inhérentes à notre perception

Hockney n’a cessé de démontrer

  1. qu’un l’œil cultivé, qu’une main entraînée, restent les meilleurs outils d’une riche représentation du monde.
  2. qu’à l’obsolescence supposée de la peinture à l’âge de la technique, on peut opposer ses/ces images nourries de la photographie, du fax, des photocopieuses, de l’image en mouvement, des tablettes graphiques….

Les soixante années d’activité que résume la présente rétrospective démontrent que ses peintures d’une Californie hédoniste et superficielle, qui ont fait sa gloire, sont aussi les écrans trompeurs ayant pu occulter la complexité d’une œuvre qui s’impose aujourd’hui comme une enquête érudite et complexe sur

  1. la nature,
  2. le statut des images,
  3. les lois phénoménologiques qui prévalent à leur conception et à leur perception.

 

 

 

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