Nobuo NAKAGAWA, Histoire de fantômes japonais, 1959

      Film fantastique colorisé (Eastmancolor) japonais de 76 mn produit par la Shintōhō dont l’intrigue est basée sur le conte de trahison « okaido yotsuya kaidan » du dramaturge de théâtre Kabuki Namboki Tsuruya IV (1755-1839)

Disponible également sous le titre Les Contes fantastiques de Yotsuya, le DVD est diffusé par The Criterion Collection (2006)

Iemon, un samouraï ambitieux et impulsif, est hanté par des spectres après avoir assassiné son épouse (dont il avait déjà tué le père qui refusait leur mariage) influencé par un ami sans scrupules, pour pouvoir épouser une riche héritière …

Mon avis : Une série B qui nous plonge dans les racines du kabuki

La première adaptions de cette histoire date de 1912, par Shozo Makino, suivie de 18 autres entre 1913 et 1937. La plus connue est celle de 1959 réalisée par Nobuo Nakagawa, très fidèle à l’histoire d’origine d’un fantôme qui cherche vengeance (un onryō) qui associe les conventions

  1. du kizewamono (« pièce de la vie réelle ») qui portent sur la vie des non-nobles,
  2. du kaidanmono (« pièce de fantôme »)

Histoire originale : Yotsuya Samon est assassiné par un rônin, Tamiya Iemon, à qui il demandait de se séparer de sa fille Oiwa. Naosuke, amoureux d’Osode, la soeur d’Oiwa, tue son ancien maître, le prenant pour l’époux d’Osode. Iemon et Naosuke complotent pour qu’un autre soit puni pour leurs forfaits. Ito Kikei, grand père de Oume, amoureuse de Iemon, envoie une crème empoisonnée à Oiwa : appliquée sur le visage, elle la défigure. Oiwa se tue accidentellement et maudit le nom de Iemon en mourrant. Son fantôme trompe Iemon qui tue Oume et son grand-père la nuit de leur mariage. Les membres restant de la maison Ito sont anéantis quand Naosuke tente de faire chanter Iemon.Naosuke fait pression sur Osode, toujours mariée à Yomoshichi, pour consommer leur mariage. Accusée d’adultère, Osode meurt et révèle à Naosuke qu’elle était sa petite soeur. Naosuke se suicide.Iemon, toujours hanté par Oiwa, sombre dans la folie et est assassiné par Yomoshichi.

Bien que spectrales (les personnages évoluant dans un jeu de kabuki dans des décors étroits suintants de couleurs) dans le film de Nobuo Nakagawa, les fantômes ont des allures de spectres décharnés qui préfigurent assez le zombie des années 70 et 80.

« Sa version fait de Nakagawa l’équivalent japonais d’un Terence Fisher pour la modernisation des mythes classiques et d’un Mario Bava pour son usage spectaculaire de la couleur », Stéphane du Mesnildot (Fantômes du cinéma japonais, Rouge profond, 2011)

Oiwa possède les caractéristiques communes aux fantômes japonais

  • les vêtements blancs représentant le kimono funéraire qu’elle aurait dû porter,
  • les longs cheveux en bataille
  • le visage blanc

et cristallise le thème du basculement (mise en scène efficace qui monte en puissance au fur et à mesure)

  • de l’amoureux au salopard
  • d’un homme libre, sain de corps et d’esprit à la folie meurtrière
  • d’un cadre théâtral fixe et rigide vers l’expressionnisme baroque
  • d’un drame en costume au fantastique horrifique

Nakagawa est allé beaucoup plus loin que cette histoire de revenant en tournant L’enfer (1960, Jigoku, (une nuit, un étudiant et son ami renversent un homme par accident. Prenant la fuite, ils laissent leur victime agoniser au bord de la route. Dès lors, poursuivis par des spectres diaboliques, leur existence va prendre une tournure dramatique. Un périple qui s’acheminera en une visite renversante des Enfers…)) avec son imagerie graphique montrant les tourments de l’Enfer et de nombreux effets visuels

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