Exposition « L’art du Pastel de Degas à Redon » au Petit Palais jusqu’au 08 avril 2018

   Exposition didactique (chronologique et thématique) d’une sélection d’une 150taine d’oeuvres de la collection du Petit Palais du 19ème siècle aux années 30 dont la plupart illustrent le renouveau de cette technique

Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris – Avenue Winston Churchill 75008 Paris – Tel: 01 53 43 40 00

Selon Pline l’Ancien, l’art du portrait serait né ainsi : une jeune fille avait un amoureux qui allait partir en voyage et désirait garder son image auprès d’elle, alors elle dessina sur le mur de sa chambre l’ombre du visage de son amoureux projetée par une lampe. Son père, qui était potier, réalisa une empreinte de ce dessin et en fit ensuite un relief modelé.
La civilisation occidentale a fait de l’art du portrait l’un des genres principaux de sa création artistique. Il vise à

  1. représenter une personne ou un groupe de personnes, de façon plus ou moins ressemblante
  2. obéir à plusieurs fonctions :
    • rendre présents les absents, et notamment les morts
    • glorifier – les dieux ou les rois, les saints et les puissants ;
    • souligner l’importance de quelqu’un, rendre compte de son prestige –> cette fonction « sociale » du portrait naît à la Renaissance et se prolonge jusqu’au XIXème siècle …

le pastel, dont la technique appartient à la fois au dessin et à la peinture, est un bâtonnet de couleur dont la texture (kaolin) et l’étendue des couleurs (pigments) en fait

  1. le médium
  2. la technique préférée

des peintres, des impressionnistes aux symbolistes. La rapidité d’exécution de cette technique permet de fixer

  1. les traits
  2. les expressions

du modèle croqué. Aussi est-il beaucoup utilisé

  1. pour le travail préparatoire des œuvres (cf Léonard de Vinci, 15ème siècle, et ses rehauts de couleurs sur dessin)
  2. pour l’art de la représentation humaine
    • sociale (d’après modèle) cf les portraits d’apparat de Louis XIV par Wallerand VAILLANT (1623-1677), Robert Nanteuil (1623-1678)
    • diffusion de l’image du sujet (cf commande d’Anne d’Autriche pour une série de pastels du Cercle royal en 1660/1662)
    • portrait psychologique (représentation plus fine, plus intime du caractère (hautain …) qui annonce le 18ème siècle, âge d’or du Pastel et de l’Art du Portrait !)

Jusqu’au 18ème siècle, la peinture est au-dessus du dessin dans le jugement des artistes (Joseph Vivien (1657-1734) est le 1er peintre reçu à l’Académie comme « peintre de pastel »).

  • La venue de la vénitienne Rosalba Carrera (1674-1757) en 1725
  • + le succès de Maurice Quentin de Latour (1704-1788),  + Liotard + Joseph Boze (1745-1826) + Joseph Ducreux (1735-1802, peintre de la reine Marie-Antoinette avec E.Vigée-Lebrun))

permet

  1. une meilleure maîtrise/diffusion du bâton de pastel (hachures/frottis au doigt appliqué sur carton ou parchemin)
  2. offre une image de SOI (Haute aristocratie)
  3. est un signe de réussite (sociale et/ou individuelle) -> c’est le miroir psychologique du modèle (cf Diderot)
  4. une quête de la ressemblance
    • imitation de la Nature (esprit et beauté -> grâce naïve et ingénue)
    • dessiner sur le motif, sortir de l’atelier (paysagistes Félix Bouchor, Alexandre Nozal et Iwill), saisie des variations atmosphériques/changement de lumière (dans le lignée de Jean-François Millet, travaux des champs/espace rural) cf Réalisme flamand du 17ème siècle
  5. un traitement neuf de tous les sujets de la vie moderne, scènes populaires ou intimes
    • portraits intimistes traités avec dépouillement, sobriété ou austérité (Albert Bartholomé, Pascal Dagnan-Bouveret, Louise Breslau et Pierre-Georges Jeanniot)
    • regard sans concession sur les « petites Parisiennes », danseuses ou midinettes, de la Belle Époque (Fernand Pelez ou Théophile-Alexandre Steinlen, protagonistes d’un naturalisme social et observateurs caustiques de la « comédie humaine)
    • traduction des sensations instantanées (donc le Pastel s’impose chez les impressionnistes) -> suggestion du mouvement, des vibrations d’une touche rapide, du rayonnement des couleurs et des effets de lumière, vérité du quotidien (Degas, Cassatt) : une ébauche de l’art de l’intime, des cercles familiaux et amicaux ?

Au 19ème siècle, le pastel devient progressivement un genre autonome apprécié (multiplication des grand format, croquer l’élégance parisienne)

  1. des artistes romantiques (Léon Riesener, Jean-Baptiste Carpeaux)
  2. des peintres symbolistes (sujets rares, souvent littéraires, allégoriques ou mythologiques, les climats de mystère et d’étrangeté, propices à la rêverie et à un idéal poétique (cf paysages virgiliens d’Émile-René Ménard, d’Alphonse Osbert ou de Ker-Xavier Roussel)
    • pour ses couleurs, aux harmonies souvent étranges ( nus monumentaux de Lucien Lévy-Dhurmer)
    • pour sa matière vaporeuse (oeuvres évanescentes d’Edmond Aman-Jean)
    • expression des sentiments et des rêves
    • traduction esthétique d’une réalité intérieure

Dans le dernier quart du 19ème siècle puis au début du 20ème, le Pastel bénéficie d’un renouveau (alternative à la peinture à l’huile)

  1. création de la Société des pastellistes français en 1885
  2. construction d’un pavillon des pastellistes pour l’Exposition universelle en 1889
  3. soutien de critiques d’art (Octave Mirbeau, Félix Fénéon)

Mon avis : Le Pastel, un outil d’expérimentation au service de la Modernité ou un Art Mondain ?

Cette expo permet de (re)découvrir

  1. les fleurons de la collection
    • œuvres de Berthe Morisot, Auguste Renoir, Paul Gauguin, Mary Cassatt et Edgar Degas,
    • des artistes symbolistes comme Lucien Lévy-Dhurmer, Charles Léandre, Alphonse Osbert, Émile-René Ménard
    • un ensemble d’œuvres d’Odilon Redon
    • l’art plus mondain d’un James Tissot, de Jacques-Émile Blanche, de Victor Prouvé ou Pierre Carrier-Belleuse
  2. la technique du pastel, de la simple esquisse colorée aux grandes œuvres très achevées
    • est séduisante par sa matière et ses couleurs
      1. permet une grande rapidité d’exécution
      2. traduit une grande variété stylistique
  3. initie les visiteurs
    1. à la technique du pastel
    2. à la question de la conservation des œuvres sur papier
      1. particulièrement sensibles aux effets de la lumière
      2. ne peuvent être exposées de façon permanente

Pour aller plus loin :

  • Atelier Pastel et paysages les 28, 29 et 30 décembre 2017 , de 10h30 à 17h30. Déjeuner libre entre 12h30 et 13h30

    Visite de l’exposition et découverte des paysages, croquis devant les oeuvres puis en atelier, fabrication de bâtons de pastels et réalisation de paysages au pastel.

    90 euros+ billet d’entrée 10 euros – Sur réservation sur petitpalais.paris.fr, rubrique « activités et événements »

  • https://www.universalis.fr/encyclopedie/edgar-degas/  et http://degas-catalogue.com/

 

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