Julien MERION, Autopsie politique du massacre de Mai 1967 – La Guadeloupe entre violence, terreur et résistance, Editions JASOR, 2017

  Essai politique et géopolitique

Différents éléments éclairent le massacre de Mé 67

  1. Loi du 19 mars 1946 : la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion deviennent départements français
    • accélération de l’exode rural + boom géographique = jeunesse en manque de repère + transformation sociétale profonde ==> création du BUMIDOM + politique de transferts financiers (investissements privés + constructions publiques)
    • sous-emploi chronique, habitat précaire, conditions sanitaires désastreuses
    • stratification sociale : superposition raciale et sociale
  2. le contexte de la Guerre Froide (1947-1991)
    • la crise de Cuba (1945-1989)
    • Cuba va envahir la Guadeloupe (rumeurs persistantes, orchestrées par l’Etat ?) !
  3. Fin des années 50-début 60 : indépendance des anciennes colonies française d’Afrique noire
  4. Décembre 1959 : émeute des quartiers populaires de Fort-de-France suite à un accident de la route impliquant un métropolitain (VTAM) et un antillais (scooter). Bilan : 3 morts et des 10zaines de blessés + fondation de l’OJAM (organisation de la jeunesse anti colonialiste martiniquaise)
  5. 1962 : indépendance de l’Algérie
    • 22 juin 1962 : L’avion Paris/Point à Pitre transportant 2 membres du Front Antillo-guyanais pour l’autonomie s’écrase de manière inexpliquée à Deshaies en Guadeloupe. Bilan : 63 morts
  6. Octobre 1966 : le cyclone INES ravage l’île laissant des millons de francs de dégâts derrière elle et 32 morts. La réparation des dégâts procurent du travail aux ouvriers en bâtiment mais pas de revenus …
  7. Mars 1967 : Snrsky, un militant gaulliste, propriétaire du magasin de chaussures Sans Pareil, lâche son berger allemand sur un cordonnier-cloutier ambulant, Balzinc, qui s’est installé devant son magasin
    • 25.26 et 27 mai 1967 : suite à des revendications salariales (augmentation de salaire et parité en matière de droit sociaux comme en métropole) sans issue positive, un mouvement de révolte nait et se poursuit devant les grilles de la chambre de commerce et d’industrie de Point-à-Pitre puis embrase toute la ville. S’ensuit un massacre (carton de légionnaires furieux de ne pas pouvoir partir à 18h00 puisque réquisitionnés à 17h00 après la mort de Nestor (militant du GONG (mouvement indépendantiste créé en 1963 à Paris par une 60taine de militants anticolonialistes, pour la plupart issus de l’AGEG (Association générale des étudiants guadeloupéens) ?). L’existence de ces indépendantistes étaient  devenue une obsession pour le préfet Pierre Bolotte, d’autant plus que la bombe H était stationnée sur le tarmac de l’aéroport de Pointe-à-Pitre, en attendant d’être larguée sur Mururoa le 5 juin 67
    • 30 mai 1967 : Les ouvriers du bâtiment obtiennent une hausse de 25% de leur salaire (alors que la demande initiale de 2.5% avait été refusée d’emblée  par Georges Brizard, président du syndicat des entrepreneurs du bâtiment, patron de la Socotra)
  8. 19/02 au 01/03/1968 : 18 indépendantistes guadeloupéens sont jugés à Paris pour atteinte à l’intégrité du territoire national

Pour aller plus loin :

Rapport de la Commission STORA : https://issuu.com/la1ere/docs/rapport_commission_stora_pour_la_mi

Site sur l’Histoire noire : http://www.une-autre-histoire.org/fr/

Mon avis : 50 ans déjà … Qu’est ce qui a changé ?

Si le terrorisme consiste en l’exercice, contre des innocents, de la violence politique à des fins politiques, religieuses ou idéologiques, la particularité du terrorisme d’Etat est d’être « l’exercice illégitime par l’État de son monopole de la violence à partir du moment où cette violence est d’une part en contradiction avec le contrat décrit par Thomas Hobbes selon lequel l’individu accepte d’abdiquer une partie de sa liberté en échange de la protection de l’État et qu’elle ne vise pas au maintien, menacé, de l’État mais à un accroissement de ses prérogatives » (Jacques Yves Flament). Il met en cause

  1. l’image protectrice de l’Etat
    • Le rattrapage « DOM/Métropole » est-il là au niveau des salaires (la majoration n’est valable que pour les fonctionnaire et l’environnement économique n’est pas favorable à un coût du travail plus important), des emplois, du standard de vie quand l’une des conséquences du BUMIDOM sont l’indivision successorale qui pèse dangereusement sur les efforts des communes concernant le développement touristique des DOM ?
  2. les relations que l’Etat entretient avec sa propre violence (tribunaux expéditifs, torture, kidnapping, exécutions hors-procès, meurtres politiques, disparitions forcées …)
    • documents de l’époque classés secret défense jusqu’en 2017 (car les protagonistes (commissaire Canalès, du préfet Bollotte (rapatrié le 12 juillet 1967 et affecté, le temps que les esprits se calment, à un poste discret, il a poursuivi sa carrière de préfet territorial en métropole et a été nommé à la Cour des Comptes en 1982, tout en menant une carrière politique dans le 16e arrondissement de Paris, dont il a été maire-adjoint RPR), de Pierre Billotte, ministre de l’Outre-Mer, de Christian Fouchet, ministre de l’Intérieur, de Pierre Messmer, ministre des Armées, et surtout de Jacques Foccart (fils d’une béké guadeloupéenne de Gourbeyre – Elmire de Courtemanche de La Clémandière – et d’un planteur de bananes d’origine alsacienne, Guillaume Koch-Foccart, le maire de cette même ville de Gourbeyre), alors secrétaire de l’Élysée aux Affaires africaines et Malgaches) étaient vivants !)

Si vous vous demandiez encore d’où vient le sentiment d’injustice si prégnant aux Antilles, ce livre vous éclairera sûrement !

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Une réflexion sur “Julien MERION, Autopsie politique du massacre de Mai 1967 – La Guadeloupe entre violence, terreur et résistance, Editions JASOR, 2017

  1. Pingback: Patrice TACITA, Le serment des femmes aux fantômes de 1967, Caraïbes Editions, 2018 | En Quête

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