Pauline DEFACHELLES, Urashima Taro, Sans Soucis Productions (avec le soutien de Pictanovo), 2017

  Prix Jeune Public 2017 au Festival Silhouette – Prix Meilleure Animation au festival Best mini film 2017

Court métrage d’animation de 13 mn, muet et en stop motion (12 images par seconde) incrustée dans des décors 2D peints à l’aquarelle et retouchés numériquement (24 images par seconde)

http://pauline-defachelles.wixsite.com/urashima-taro/prsentation   et   http://sans-soucis-prod.com/urashima-taro-expo/
http://pauline-defachelles.wixsite.com/poldef

Taro, un jeune pêcheur, vit avec ses parents, les Urashima, dans une modeste maison au cœur de la bambouseraie.  Chaque matin, Tome, sa mère, se lève aux aurores pour lui préparer son bento pendant que Gohei, son père qui lui a tout appris, fume sa pipe sous le porche. Un jour, sur la plage, il empêche une grue de manger un bébé tortue. Cette dernière le prend en sympathie et lui offre un tamatebako …

Pour aller plus loin :

Mon avis : Un conte cruel ou un appel à la sérénité ?

Ces 13 mn de pur bonheur ont coûté 80000 euros pour 1 an de fabrication des marionnettes (figurines de 30 cm de haut faites de fil d’aluminium et de silicone, avec de vrais vêtements cousus à la main par la mère et la grand-mère de la réalisatrice) dont le grain et la patte ont été inspirés par les films des frères Quay et de Jan Svankmajer, 3-4 mois d’animation, 6 mois de post production (compositing, création de décors et d’incrustation des marionnettes dans les décors, tournage sur fond vert, son (musique de Noé Campagne (6 mois), bande-son de Médéric Corroyer)) !

En premier lieu, j’ai compris le tamatebako façonné par Ryujin, le dieu dragon, pour emprisonner le temps comme un cadeau empoisonné

  1. il fait devenir adulte le bébé tortue (sort de vieillissement) qui n’est autre qu’ Otohime, la fille du dieu de la mer et impacte par là même le cycle de vie (sans le lui dire) de Taro (qui n’avait rien demandé à personne)
  2. il permet à Taro de suivre la princesse sous la mer dans le palais de son père, Ryugu-Jo, où l’espace et le temps semblent infinis
  3. il fait vieillir Taro de 300 ans et le transforme en grue, l’empêchant à tout jamais de rejoindre la princesse dans le royaume sous la mer

La boucle temporelle (variante de la légende originale) qu’insère Pauline Dufachelles (la grue veut manger un bébé tortue à peine né, un jeune garçon intervient et l’en empêche, comme taro l’a lui-même fait au début de l’histoire) tend tout esprit occidental vers cette explication.

Cependant, quand on sait que

  1. le tamatebako est en fait un cadeau de Ryujin destiné à faire découvrir la magie de Ryugu-Jo à Taro en récompense de son acte désintéressé
  2. l’histoire a une connotation bouddhique :
    • la bambouseraie (monde terrestre des apparences, monde de douleurs, à la condition humaine misérable) peut être vue comme l’opposé du monde de la mer (Ryugu-Jo, allusion au monde sacré, immuable)
      • lassitude de la vie terrestre VS félicité de la vie éternelle
      • caractère illusoire, évanescent, superficiel des plaisirs immédiats de la vie quotidienne  VS  une manière d’être hédoniste, faisant du plaisir le principe de la vie
  3. l’histoire (Taro sur la tortue) a été illustrée par les peintres de l’Ukiyo-e (notamment Tsukioka Yoshitori et Utagawa Kuniyoshi)
    • cf Asai Ryôi (1612 ?-1691), dans la préface d’un ouvrage, Contes du monde flottant (Ukiyo monogatari), en avait donné un sens plus philosophique : « […] vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable […], ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo. » (env.1665)

je me demande s’il n’y a pas d’autres explications

  1. la thématique du choix
  2. la thématique du travail  VS  insouciance
  3. égocentrisme  VS  sensibilité ….

Quand on sait que la réalisatrice aimerait développer une série d’animation TV ciblée pour les enfants qui raconterait d’autres légendes japonaises … J’ai trop hâte !

 

Publicités

Une réflexion sur “Pauline DEFACHELLES, Urashima Taro, Sans Soucis Productions (avec le soutien de Pictanovo), 2017

  1. Pingback: (collectif), Mes animaux en origami, collection « Je crée… , Editions Usborne, 2018 | «En Quête

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s