Bruno PODALYDES, Bécassine !, Why Not Productions/Chabraque Productions/France 3 Cinéma, 2018

Comédie/Film d’aventures de 102 mn adaptée des BD illustrées par Joseph Pichon
Remake du film de Pierre Caron (1940) dans lequel Bécassine, cuisinière de la marquise de Grand Air, était soupçonnée d’avoir volé des bijoux

Bécassine naît dans le monde rural du 20ème siècle le jour où les bécasses volent dans les airs. Avec l’arrivée de Loulotte, un souffle joyeux règne sur le château de la marquise de Grand-Air mais les dettes s’accumulent … L’arrivée d’un marionnettiste grec peu fiable ne va rien arranger !

Mon avis : Tintin en jupon ?

Le succès rapide aux États-Unis des bandes avec ballons mettra une trentaine d’années à ébranler en Europe la tradition du texte sous la vignette (héritée en France des images d’Épinal), et il est significatif que la première bande dessinée à bulles de langue française soit parue au Québec : Les Aventures de Timothée (1904) par Albéric Bourgeois (1876-1962) dans le journal La Patrie. Mais les années 1903-1914 sont marquées par la prolifération, en France, en Italie et en Grande-Bretagne, d’hebdomadaires presque entièrement composés d’histoires en images, et s’adressant à la jeunesse : pendant un demi-siècle la bande dessinée européenne – destinée à l’origine à des adultes – va chercher à plaire avant tout aux enfants et aux adolescents, ce qui est l’une des explications du mépris dans lequel l’ensemble du genre sera longtemps tenu.

En France, l’éditeur Arthème Fayard est le premier à lancer des publications essentiellement constituées d’histoires en images (La Jeunesse illustrée en 1903 et Les Belles Images en 1904). Les 10 années qui précèdent la guerre 14-18 voient une profusion de nouvelles revues enfantines que tout oppose :

  1. dans La Semaine de Suzette :
    • Bécassine (1905), série contestée par la suite pour son idéologie conservatrice, témoignage quasi proustien sur les mœurs de l’époque ?
      Bécassine, c’est Annaïck Labornez, paysanne de Clocher- les-Bécasses, village fictif près de Quimper. Domestique à Paris chez la Marquise de Grand’Air puis gouvernante chez Loulotte, la fille adoptive de cette dernière, elle est naïve et moderne à la fois (elle prend l’avion, sait conduire, fait du ski … pas mal pour une femme de 1914 !)
      Ce personnage (1913-1962) naît par hasard sous le crayon de Pinchon, au moment du bouclage du 1er numéro, daté du 2 février 1905, de La Semaine de Suzette, un hebdomadaire édité par Gautier-Languereau à destination des petites filles de la bourgeoisie. Son succès inattendu en fit un personnage récurrent. 31 tomes ont paru à ce jour.
      Généreuse, débrouillarde et pleine de bon sens, enthousiaste, inventive, moderne, aveugle aux faux semblants, sourde au cynisme, …. en un mot sereine plus que naïve, voilà les qualités de la Bécassine de Podalydès quand celle de la BD est tout en opposition (massive et élancée, travailleuse) !
  2. édité par les frères Offenstadt, :
    • dans L’Épatant, Louis Forton (1879-1934) donne aux titis parisiens leurs premiers héros,
      • Les Pieds-Nickelés (1908), scrupuleusement malhonnêtes et vulgaires, et influencés par le mouvement anarchiste
      • Bibi Fricotin (1924), un jeune journaliste détective
    • dans le journal Fillette (1909) pour les petites filles des milieux populaires
      • L’Espiègle Lili, créée par le romancier Jo Valle (1865-1949) et dont le premier dessinateur est André Vallet
  3. dans les journaux Saint Nicolas et L’Écolier illustré puis la même année (1908) en album chez Delagrave
    • Sam et Sap de Rose Candide (pseudonyme probable du dessinateur montmartrois Émile Tap) sur un texte de Georges Le Cordier, « aventures surprenantes d’un petit nègre et de son singe »
  4. dans L’Almanach Nodot 1911
    • Frip et Bob, deux jeunes globe-trotters farceurs créés en 1910 (dessin et texte) par le futur romancier Pierre Mac Orlan (Pierre Dumarchey, 1882-1970). La série fut continuée par Mac Orlan dans l’almanach de 1912, et par Solar d’Alba – peut-être un autre pseudonyme d’Emile Tap – dans ceux de 1913 et de 1914

Pour mémoire, Zig et Puce, c’est 1925 et Tintin 1929 …

Pour aller plus loin :
https://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-porphyre-pinchon/  et   https://www.universalis.fr/encyclopedie/bande-dessinee/#i_26951

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